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Discours de clôture du Congrès
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Notre congrès λμ tire maintenant à sa fin.
Je voudrais vous faire part de quelques premières réflexions, qui reflétent un point de vue, le mien, ma sensibilité, en attendant une synthèse plus élaborée.
Je voudrais aborder quatre points principaux: les statistiques du congrès, les tendances, les orientations techniques et les défis du futur.
Partie 1 – Quelques statistiques
Tout d'abord quelques données statistiques:
- nombre de participants aux tutoriels: 69 (je rappelle le caractère innovant de plusieurs tutoriels, pilotés par notre collègue Elie Fadier, par exemple ceux relatifs à l'intégration des sciences humaines en sûreté de fonctionnement; 6 tutoriels sur 9 étaient innovants);
- nombre de participants au congrès: 429, inférieur au nombre d'inscrits, 443
- dont nombre de non belges, non français : 22, soit 5 %; cette proportion semble bien insuffisante
- nombre d'universitaires y compris étudiants ayant participé: 81 universitaires et 47 étudiants-doctorants, soit 29 %, ceci montre la montée des communications académiques et le développement des collaborations recherche-industrie
- 222 propositions de communications
- 122 communications conférences soit 55% et 51 interactives présentées, soit 23%, ceci confirme qu'il est difficile de se faire accepter au λμ, malgré un programme chargé avec nos 4 sessions conférences en parallèle et nos 3 sessions interactives parallèles
Partie 2 – Les grandes tendances
Premier constat,
Notre congrès , à ma grande satisfaction, reste le meilleur forum en maîtrise des risques – sûreté de fonctionnement pour échanger connaissances , expériences, témoignages .
C'est avec grand plaisir que je constate la présence de nombreux jeunes dans la salle, doctorants, jeunes universitaires, jeunes ingénieurs. Ceci est une excellente nouvelle.
Second constat
Par ses sessions, notre λμ 16 a bien traduit les préoccupations du moment et, je crois, du futur proche, à court et moyen terme:
1) les innovations : nous avons vu sur ce thème par exemple les sessions : défis des technologies innovantes, méthodes de conception des systèmes programmés, SdF à la conception, ...
2) le vieillissement et la durabilité avec: fiabilité des composants et vieillissement, analyse des dégradations et maintenance, durabilité et gestion des actifs, sécurité et sûreté des structures, ...
3) l es préoccupation santé - environnnement avec: gestion des risques environnementaux, analyse des risques, santé-sécurité au travail , ....,
4) l'accidentologie et la perception du risque avec: signaux faibles et accidentologie, approche probabiliste, prévention des risques , perception des risques et communication, ...,
5) enfin les facteurs humain - organisationnel
Troisième constat
Bien que le thème de notre congrès soit « les nouveaux défis », les activités très traditionnelles de notre congrès, comme méthodes et outils de la SdF, sont très présentes. Dans ces thématiques, l'approfondissement des connaissances.ou même l'innovation ont été remarquables. Citons par exemple les papiers dans la thématique du retour d'expérience ou de la fiabilité des composants et des structures me sont apparus bien souvent innovants.
On a vu émerger en outre de nouvelles thématiques. Je cite quelques-unes marquantes: gestion des risques environnementaux, prévention des risques , signaux faibles et accidentologie, santé – sécurité au travail.
Quatrième constat
En dehors des industriels, grands ou petits, déjà présents à l'IMdR, on peut regretter la faible participation d'autres PME / PMI, du domaine de la santé, l'absence de l'agroalimentaire, de la géographie, etc ... . On peut aussi remarquer la disparition des préoccupations de qualité: la fiabilité a supplanté la qualité.
Partie 3 – Les grandes orientations techniques
Je voudrais aussi montrer quelques tendances
- je voudrais signaler tout d'abord des papiers « état de l'art » , j'en ai noté plusieurs sur des sujets difficiles et d'actualité: accidentologie, systèmes programmés, efficacité de la maintenance; cela m'a bien plu; il faut de temps à autre savoir s'arrêter et prendre le temps de la réflexion; je pense que c'est une excellente initiative; on pourrait imaginer dans de prochains λμ quelques communications « état de l'art » invitées,
- on peut noter une décroissance des sessions traitant des méthodes et outils de la SdF, SdF à la conception, et inversement une forte présence des sessions maintenance, probablement à cause de la préoccupation vieillissement – durabilité.; ce n'est pas étonnant, la maintenance est la première condition d'une bonne sûreté
- au niveau des méthodes on note une large utilisation du réseau de Petri mais cette méthode doit encore démontrer son adaptation à la complexité
- des utilisations très variées des réseaux bayesiens, manifestement à la mode, sont à signaler en analyse des risques, en maintenance, diagnostic, retour d'expérience, fiabilité prévisionnelle, aide à la décision...; cette technique séduisante qui permet d'allier de nombreuses variables de toute nature, de gérer les incertitudes, doit encore se confirmer, même si cela semble manifeste pour le diagnostic
- de nombreuses communications concernent la gestion des incertitudes; gérer les incertitudes c'est maîtriser les risques; on cherche à mieux les évaluer, à les réduire, d'abord par l'accés au retour d'expérience et à son analyse;
- de nombreuses propositions et communications ont concerné la fiabilité des composants, qu'ils soient électroniques avec Fides, mécaniques ou électromécaniques ou qu'ils soient passifs (cas des structures) ; on peut noter une très forte progression des contributions relatives à la sûreté des structures; plusieurs papiers (j'en ai noté 3 ou 4, tous excellents) concernent l'amélioration des méthodes numériques pour le calcul d'une probabilité de défaillance d'une structure; à noter que ces méthodes de fiabilité des structures semblent avoir atteint une certaine maturité , bien qu'elles restent encore trop peu utilisées dans l'industrie, et que les préoccupations actuelles visent l'obtention des données d'entrée, leur modélisation stochastique et les aspects numériques; on parle beaucoup d'approche système ou systémique, mais manifestement l'approche par composants pose encore de très nombreux problèmes
- le retour d'expérience est donc toujours aussi important (un retour à l'utilisation du texte libre pour l'accés au rex et pour son analyse, l'optimisation de la collecte, un recours soutenu aux méthodes d'analyse des données, la recherche de données pour de nouveaux enjeux, rex pour l'accidentologie)
- un certain ronronnement dans certaines sessions: j'avoue avoir été un peu déçu par les sessions facteurs humains et organisationnels FH-FO, on nous en parle tellement (mais je ne suis pas spécialiste), la présence ne me semble pas à la hauteur des enjeux industriels, les études sont actives, mais chacun semble avoir un point de vue idiosyncrasique sur un problème FH-FO, qui apparaît alors comme un problème unique, sans espoir de généralisation; on ne voit pas (dans ces conditions on ne peut pas voir) de tentative de quantification; il semble qu'il manque la passerelle entre le chercheur et l'exploitant industriel; il faut amplifier les efforts de sensibilisation et d'accompagnement
- le problèmes des petits échantillons, des incertitudes que l'on traite par la démarche bayesienne; des outils sont maintenant disponibles; je pense que l'approche bayesienne, qui est une démarche d'ingénieur, une démarche de tous les jours, est incontournable ; la logique floue confirme son entrée de Lille et progresse; ceci n'est guère étonnant: le retour d'expérience devient plus rare; mais l'expertise aussi devient plus rare, plus incertaine avec un avenir de moins en moins prévisible, un monde toujours plus erratique; mais l'approche fréquentielle n'est pas hors jeu quand je vois les contributions de ce λμ (comme les outils Mars et Rexpert, le modèle de Bertholon, etc...);
- les modèles physiques de conséquences sont en très forte progression, ce qui est somme toute, logique; il faut peut-être que l'IMdR dans sa logique de maîtrise des risques se positionne sur ces aspects conséquences
- on peut noter la préoccupation forte sur la normalisation dans le domaine des systèmes programmés et des systèmes instrumentés de sécurité mais aussi de façon générale; l'IMdR y est peu présent
- le problème de la valorisation d'actifs (l' « asset management ») devient de plus en plus présent, économie ouverte oblige; c'est dans ce seul cas , et un peu aussi lorqu'on évoque l'aide à la décision, il me semble, que l'on voit apparaître les méthodes d'optimisation de la recherche opérationnelle que je trouve bien absentes par ailleurs
- de nombreuses thématiques proposent des orientations en R&D; de nombreuses communications citent des pistes à développer; nous avons vu aussi 2 ou 3 papiers sur la prospective systémique proposée par J-C Ligeron (à ce propos, il faut certainement regarder cette piste de plus près et identifier les applications potentielles sans tomber dans des méthodologies ou des outils « boîte noire »); beaucoup de questions se posent pour identifier les méthodes, démarches, outils et données à utiliser pour gérer les risques émergents (une conférence sur un projet européen de gestion intégrée des risques émergents lors de la session européenne) ou pour développer une technologie innovante;
- sur la forme, quelques papiers franglais (je veux dire des papiers d'origine française rédigés en anglais, provenant d'ailleurs plutôt d'organismes publics; est-ce un signe? N'oublions pas les velléités (très présentes d'ailleurs dans notre comité de programmeP) congrès francophone / congrès européen en anglais / on pourrait dire aussi maintenant congrès méditerranéen, compte tenu d'une participation plus forte des pays riverains comme l'Algérie, l'Italie, l'Espagne...)
Partie 4 – Où sont les défis?
Où sont les grands défis qui se posent à la maîtrise des risques?
Le premier défi est certainement la R&D.
Il importe que les industriels contribuent significativement à l'effort de recherche. Ils en sont les premiers bénéficiaires. Il est de leur responsabilité d'augmenter le niveau de sécurité et de sûreté, mais aussi d'améliorer leurs performances et leur compétitivité. Certes il y a un problème de budget. Les resssources financières doivent être utilisées au mieux.Mais de multiples travaux peuvent être mis en commun. Il s'agit de les identifier. Plusieurs thématiques semblent prioritaires pour les prochaines années:
- i) les risques émergents, la SdF des produits innovants: quelle démarche, quelles méthodes, quelles données doivent être appliquées?
- ii) l'étude du vieillissement et de la durabilité, à la fois s'assurer que les phénomènes de vieillissement sont bien maîtrisés, en cohérence avec les politiques d'exploitation – maintenance, profiter des investissements réalisés à un moment où les ressources financières sont rares
- iii) les facteurs humains et organisationnels: améliorer la performance humaine, l'efficacité, le rôle des organisations pour créer les conditions de santé et de sécurité, étudier les risques liés à de nouveaux processus de travail; il s'agit aussi de transférer, de dialoguer, d'accompagner, de quantifier; il conviendrait de travailler sur les processus de gestion des risques projets; des démarches normatives, des actions (notamment sur la production de logiciels) sont en cours actuellement, l'IMdR est absent de ces réflexions.
- iv) la sécurité et la sûreté des personnes, mais aussi des biens, des structures, des déplacements, des logiciels, des données informatiques; cette problématique a le vent en poupe; elle émerge; elle est préoccupante; pensons à santé – sécurité au travail, au stress au travail, à l'amiante, pensons au risque terroriste, aux attaques informatiques, aux risques biologiques, au vieillissement des structures, aux changements économiques et sociétaux,
- v) les aspects de perception des risques et d'acceptabilité me semblent aussi à approfondir: « How safe is safe enough? » disait déjà Peter Kafka en 1996
- vi) l'approche probabiliste: je m'insurge contre les seules analyses qualitatives que l'on voit trop souvent; l'analyse qualitative est essentielle et précéde toujours l'analyse quantitative (probabilité et conséquences); mais comment évaluer, hiérarchiser un risque sans quantitatif? On peut alors donner de l'importance à des dangers non significatifs , pouvant conduire à un excés sécuritaire, à des surinvestissements, à des informations non fondées , mais aussi à une sous-estimation et à une non prise en compte; certes il faut manier les chiffres avec prudence, certes il faut atteindre une certaine maturité dans l'identification du risque et dans sa compréhension ; mais on sera à même de faire des arbitrages sur les risques. Je m'insurge de la même façon contre les analyses uniquement quantitatives mathématiques : que calculent-elles donc? Sur quelles hypothèses? Avec quelles informations? Quelle crédibilité dans le calcul? Ne vont-elles pas à l'encontre du bon sens ou de la logique?
- vii) enfin, le retour d'expérience, matériau de la maîtrise des risques, sans lequel aucune étude ne peut être réalisée; il y a toujours lieu de se poser la question de la réalité des situations possibles; il faut développer sa collecte, sa validation, les outils d'analyse, la prise en compte; il faut savoir l'interpréter en gardant le bon sens physique, le BSP: le bon sens paysan disait Jean-Claude Ligeron (selon Alain Delage); il faut souligner l'importance et l'apport des méthodes bayesiennes;
Le second défi est certainement l'application de la maîtrise des risques sur le terrain. Les bénéfices, les difficultés se jugent sur le terrain. La R&D, les études, c'est finalement facile. La difficulté apparaît lorsqu'il s 'agit de faire adopter une démarche, de convaincre, de faire adopter, de former, d'accompagner le compagnon, le travailleur, le décideur, le citoyen. Je crois fort que notre discipline est plus difficile dans son application que dans son développement. Chacun a déjà rencontré ce problème dans son métier, lorsqu'il s'agit par exemple de collecter le rex, ou de modéliser des connaissances, ou de faire une étude OMF ou de facteur humain, ou d'optimiser une décision, ou d'analyser les risques d'un site industriel, ... Toute action de MdR, quelle qu'elle soit, se heurte à ce probléme lorsqu'il s'agit de mettre en place de nouvelles méthodes, de nouvelles organisations. Dans notre époque où tout évolue si rapidement, cela l'est plus encore.
Le troisième défi s'adresse à la communauté universitaire: faire de la MdR une discipline à part entière. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Notre système scolaire est cloisonné en grandes disciplines. Les connaissances nécessaires à la MdR sont disparates. On enseigne des certitudes (sauf peut-être en physique). Si on fait état d'incertitude, on ne la mesure pas, on ne la chiffre pas. Or le monde est plein d'aléas, d'incertitudes, d'évolutions, de ruptures, de transitions. Les études de maîtrise des risques-sûreté de fonctionnement n'ont un sens, une utilité que si l'aspect mathématique est associé à plusieurs autres disciplines, que si approches déterministe et probabiliste sont étroitement liées.
Le quatrième défi s'adresse aux autorités réglementaires . C'est probablement un des défis les plus difficiles: faire face aux innovations qui amènent des évolutions fortes, harmoniser la réglementation au moins au niveau européen, faire converger objectifs de sûreté, méthodes, codes, etc..., sans porter préjudice aux produits et aux entreprises . Si les réglementations sont durcies, elles ne sont probablement pas adaptées et peuvent conduire à des surdimensionnements. Si , au contraire, elles sont allégées, elles peuvent conduire à des risques intolérables. Il faut en réalité qu'elles soient un compromis , une optimisation entre les performances et la sécurité. Un défi majeur est certainement que la réglementation puisse s 'appliquer au rythme auquel les innovations apparaissent et doivent devenir rentables dans une économie ouverte.
Partie 5 - Remerciements
Avant de conclure, je voudrais adresser mes plus vifs remerciements:
- aux membres du comité d'organisation pour leur confiance,
- à Guy Planchette , toujours disponible, qui accomplit un immense travail à la présidence de l'IMdR, partout à l'IMdR,
- au comité de programme et en particulier à tous mes collégues du bureau avec qui j'ai eu un réel plaisir de travailler.
Je voudrais aussi souligner l'appui constant et efficace de Christian Triolaire, sa disponibilité, le support logistique assuré par la société Polynome et mes plus vifs remerciements vont bien sûr à Emma et Sophie. Merci aussi aux IMdRs, Jean-Pierre et Leila, et à tous ses bénévoles.
Je voudrais aussi vous remercier tous, vous participants, pour votre contribution, votre écoute, vos questions, vos interrogations, car, sans vous, le λμ n'aurait pas lieu d'être et vous êtes la force du λμ.
Je vous souhaite une bonne fin de congrès, une bonne visite technique, un bon retour ...
Merci de votre attention.
André Lannoy
Président du Comité de Programme
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