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Bilan établi par le bureau du comité de programme du 14° congrès de maîtrise des risques et de sûreté de fonctionnement

Généralités

Organisé à la suite d'une période bouleversée, le 14e congrès de maîtrise des risques et de sûreté de fonctionnement a rassemblé près de 550 spécialistes dont un plus grand nombre de ‘'juniors'' que par le passé en raison de l'implantation à Bourges du Centre National des Risques Industriels (CNRI) et d'écoles spécialisées, dont l'Ecole Hubert Curien. Plus d'une centaine d'étudiants ont ainsi participé au congrès !

Ce ‘'rajeunissement'' a été ressenti dès la journée de tutoriels où la fréquentation a été forte puisque des salles comptaient plusieurs dizaines d'auditeurs, et ce malgré le nombre accru de tutoriels (9 au lieu de 6 précédemment). Les animateurs des trois tutoriels d' ‘'initiation'' qui craignaient une certaine désaffection ont pu apprécier l'intérêt des nouveaux venus à la maîtrise des risques. Le bilan de la journée est largement positif, puisque 75 % des participants jugent le contenu des tutoriels ‘'satisfaisant'' et 25 % le jugent ‘'très satisfaisant''.

Lors de la session d'ouverture, les conférences de MM. Alain COSTES et Bernard BIGOT ont d'emblée donné une tonalité de haut niveau scientifique et focalisé l'attention. L'enthousiasme des orateurs les a entraînés un peu au-delà de l'horaire réservé, ce qui a amené des congressistes à suggérer d'utiliser les mêmes cartons jaunes et rouges que ceux présentés aux auteurs de communications lorsqu'ils arrivent au terme de leur intervention ou qu'ils dépassent leur temps de parole ! Ces conférences ont été, avec la table ronde du mercredi, le seul événement réellement partagé avec les Rencontres Nationales Préventique qui n'ont pas influencé de manière sensible le contenu du Lambda Mu.

Le programme du congrès lui même était copieux, n'autorisant que de courtes interruptions entre les sessions pour résorber les retards pris par certains orateurs soucieux de transmettre un maximum d'informations et permettre à chacun de compléter la session par la lecture des communications affichées associées, prendre un café pour restaurer son attention, visiter un ou deux stands de l'exposition industrielle.

La table ronde préparée et magistralement animée par Gilles GUERIN-TALPIN sur le thème ‘'Les risques et les opportunités liés aux changements de la réglementation'' a donné un éclairage sur les impacts de cette nouvelle réglementation. L'auditorium était plein et le public a posé de nombreuses questions aux intervenants suscitant un réel débat.

Le congrès se voulait studieux et le traditionnel repas convivial qui, habituellement, se tient dans un site touristique ou culturel, a dressé ses tables dans une des salles de réunion pour réduire au plus court les temps de transfert. Nombre de participants ont ainsi pu assister aux ateliers, jugés riches et animés. Organisés sur deux soirées, les onze ateliers ont rassemblé plus de 200 personnes venues débattre de sujets aussi divers que ‘'Influence de la nouvelle législation des transports guidés'', ‘'fiabilité des structures'', ‘'responsabilité du fait du produit'', etc. Une seule ombre au tableau, un public relativement restreint à l'atelier sur ‘'Sécurité informatique et sûreté de fonctionnement''.

Après la journée très chargée du mercredi, les sessions reprenaient dès 8h30 le jeudi avec une assistance toujours nombreuse et attentive jusqu'à la remise des récompenses aux meilleures communications décernées, cette année, en hommage à nos collègues récemment disparus :

  • Le λμ d'or "innovation méthodologique ou mathématique" en hommage à Claudio BENSKI
  • Le λμ d'or "travail de thèse" en hommage à Lilian BARROS
  • Le λμ d'or "application industrielle" en hommage à Jacques AGOSTINI
  • Le λμ d'or "communication affichée" en hommage à Richard FEYNMAN
  • Le " λμ d'or du public" en hommage à Alain WISNER

L'exposition industrielle, placée au centre du dispositif, a permis un échange régulier entre la vingtaine d'exposants et les congressistes.

Enfin, les participants qui sont restés jusqu'à la fin du congrès ont eu le privilège de participer au concours que les ‘'barba mus'' avaient organisé en demandant de découvrir cinq mots (tirés au hasard) introduits, non sans humour, par le président Guy PLANCHETTE dans son discours de clôture.

Le ‘'retour'' des Présidents de session

Les innovations techniques apportées par le λμ 14 sont jugées d'inégale valeur par les présidents de session. Si certains présidents n'ont pas vu d'innovations spectaculaires, d'autres ont relevé des sujets novateurs. Tous ont noté des approfondissements de sujets intéressants et des applications concrètes et pragmatiques répondant aux problèmes de l'industrie : la maîtrise des risques devient mature et met en application les concepts récemment élaborés. Pêle-mêle, les sujets jugés innovants sont les suivants :

  • L'utilisation de la logique floue dans l'évaluation du taux de défaillances de causes communes
  • Les statistiques avancées
  • L'utilisation de méthodes non usuelles en sûreté de fonctionnement issues des mondes de l'informatique et des finances
  • La conception d'une méthode d'analyse des risques basée sur la théorie des organisations
  • La recherche d'un concept unique englobant les composantes de la Sûreté de Fonctionnement
  • L'utilisation des méthodes d'actuariat dans l'estimation du coût d'exploitation
  • Méthodes d'anticipation des défaillances dues au vieillissement
  • L'intégration de plusieurs bases de données de fiabilité en utilisant l'information de Fisher
  • La défense en profondeur face aux comportements à risques des opérateurs
  • La mise en place d'une culture de la gestion des risques et des opportunités
  • L'utilisation de réseaux bayésiens en tant que modèle d'aide à la classification
  • La prévision de rupture de rail par fouille de données
  • Les fonctions logistiques et techniques dans la maîtrise des risques hospitaliers
  • Les travaux de méthodologie d'analyse de la vulnérabilité du territoire péri industriel
  • L'approximation exponentielle de la fiabilité des systèmes à réparation différée

Les présidents de sessions proposent, pour les prochains congrès de :

  • favoriser les coopérations entre la recherche et l'industrie ;
  • diminuer le taux d'acceptation des propositions de communication pour élever l'intérêt de l'ensemble du congrès ;
  • valoriser davantage les sessions affichées en donnant un résumé pendant les sessions orales ;
  • faire de la dimension organisationnelle un thème en soi ;
  • prévoir des sessions sur l'impact des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Si les participants sont unanimes à reconnaître la qualité du λμ 14, les présidents de session la reconnaissent aussi (80 % d'opinions ‘'très satisfait'' sur la qualité des présentations), mais signalent quelques imperfections. Ainsi certaines sessions ont-elles pu paraître un peu hétérogènes et certaines communications placées dans des sessions dont le thème était trop éloigné de leur sujet. Les contraintes de temps ont aussi été, par moment, fortes, notamment lorsque des présidents avaient à gérer 5 communications ou lorsque les auteurs étaient particulièrement prolixes, même si les présidents estiment à plus de 75% que les auteurs ont ‘'bien'' ou ‘'très bien'' respecté leur temps de parole. La durée des débats en fin des sessions en a pâti ! Signalons aussi quelques problèmes techniques (mineurs) avec la régie du palais d'Auron et le temps limité dédié au repas du midi qui ont parfois provoqué un peu de retard aux premières séances de matinée ou d'après-midi. En matière de logistique, les présidents des sessions A et B notent des problèmes liés au manque d'isolation phonique et ceux des sessions C la difficulté d'accès (le premier jour) au local technique, ce qui a perturbé le déroulement de l'ensemble des sessions C de la journée. Enfin, certains auraient aimé avoir une aide pour la circulation des micros lors des débats …

Le bilan scientifique et technique

Le congrès λμ14 a dignement succédé aux λμ précédents :

  • en terme quantitatif, 105 communications orales, 48 communications affichées, 11 ateliers et 9 tutoriels ont été organisés, à comparer au λμ13 de niveau européen (105 communications orales, 27 affichées, 10 ateliers et 6 tutoriels)
  • en terme qualitatif, l'originalité de nombreux exposés a démontré la vitalité de l'activité de la sûreté de fonctionnement dans les entreprises, pour la recherche et dans les universités. Le jury des λμ d'or n'a eu que l'embarras du choix parmi toutes les présentations innovantes et de qualité qui lui ont été proposées.

Si l'on note une grande continuité dans les thèmes traités au cours des congrès, le 14 ème n'a pas failli. Ainsi relève-t-on :

  • Les bases mathématiques, les méthodes, techniques et outils font toujours preuve d'une activité soutenue
  • les outils annoncés pour la disponibilité de production sont maintenant arrivés
  • Les communications concernant la maîtrise des risques mettent en évidence l'importance de leur prise en compte dès la conception
  • Les études liées à la fiabilité des structures et à la durée de vie ont fait l'objet de nombreuses communications dont la qualité met en évidence leur vitalité. Une session complète leur était consacrée et un atelier a permis d'élaborer une proposition de thèmes fondateurs pour un nouveau groupe de travail
  • Les facteurs humains ont attiré une nombreuse participation témoignant du caractère crucial du sujet qui nécessite la collaboration de nombreux spécialistes : ingénieurs, ergonomes, psychologues et sociologues
  • Des travaux originaux publiés lors de congrès λμ précédents ont été prolongés comme, par exemple, l'étude de l'entropie des systèmes par analogie avec les lois de la thermodynamique.

De nombreux exposés ont apporté des nouveautés, soit dans les concepts, soit dans la manière d'aborder le thème de leur étude ; d'autres ont fait état du retour d'expérience de méthodes et, ensemble, ils ont couvert la plupart des domaines de la maîtrise des risques. Nous ne pouvons pas être exhaustifs dans la liste des innovations, mais, au-delà des sujets identifiés par les présidents de session, citons aussi :

  • L'analyse des risques d'accident pour les sites « Seveso »
  • Les modèles et concepts pour s'assurer de ne pas dégrader la sécurité lors des changements organisationnels
  • La prise en compte des risques facteurs humains pour la sécurité, la disponibilité et la productivité dans les choix de conception des systèmes
  • Les méthodes d'évaluation de la fiabilité des systèmes passifs de sécurité et l'intégration dans les études probabiliste de sûreté
  • Les analyses de rentabilité des organisations de maintenance à plusieurs niveaux de réparation
  • L'analyse des modèles d'estimation des coûts de maintenance
  • L'intégration de la stratégie et la politique de maintenance d'un nouveau site industriel dans une approche globale dès la phase projet
  • L'approche probabiliste de la fiabilité des ouvrages d'art pour guider les priorités des actions de maintenance
  • Les travaux sur les modèles physiques de dégradation et leur réactualisation par analyse bayesienne
  • Le processus d'élicitation d'expert en vue d'anticiper les défaillances dues au vieillissement
  • Les méthodes pour choisir un modèle mathématique décrivant la cinétique d'une dégradation
  • Une méthode de construction de plans d'expériences D-optimaux pour des modèles non linéaires
  • L'apport des arbres de défaillances et méthodes probabilistes dans l'analyse de systèmes mécaniques
  • un nouvel algorithme pour résoudre des problèmes de fiabilité dynamique
  • la démonstration du caractère opérationnel du nouveau formalisme BDMP ( Boolean logic Driven Markov Processes ) pour l'étude de systèmes dynamiques complexes tels qu'un poste électrique de distribution
  • L'utilisation des techniques formelles pour décrire un système avion et ses exigences qualitatives et temporelles et les outils de vérification de modèle ( model-checking )
  • L'utilisation d'outils issus du monde de la finance (comme la perte maximale à 95% de chances) pour optimiser les moyens de production
  • Les travaux sur les transports ferroviaires ont suscité un grand intérêt, citons en particulier les apports des démarches sécuritaires liées aux normes sur les instruments de sécurité (CEI 61511), l'élaboration d'outil d'analyse de risque de rupture de rail, l'introduction du concept de défense en profondeur, la protection des TGV contre les vents traversiers, l'analyse de l'impact de l'évolution de la réglementation européenne sur les obligations des acteurs impliqués dans la sécurité des transports ferroviaires, et enfin l'atelier qui était consacré à l'influence de la nouvelle législation des transports guidés..
  • Les autres systèmes de transport n'ont pas eu autant de communications, citons toutefois l'analyse des risques liés aux interventions du personnel autoroutier
  • L'application des méthodes fiabilistes utilisées en mécanique à un problème de compatibilité électromagnétique

Les communications sur le retour d'expérience faisaient état aussi bien des succès que des réelles difficultés rencontrées. Notons en particulier les difficultés de mise en œuvre d'une démarche de sûreté de fonctionnement pour un système numérique due à la complexité et à la spécificité des systèmes numériques embarquant du logiciel.

De nouveaux champs de la sûreté de fonctionnement ont été abordés :

  • Le principe de précaution et son impact sur la conception et l'ingénierie des exigences : Les impacts juridiques du principe de précaution amène à repenser la gestion des contrats, la référence aux normes, et la responsabilité entre donneur d'ordre et concepteur
  • L'analyse de l'insuffisance de maîtrise des risques financiers dans certaines affaires récentes montre que les démarches dans ce domaine pourraient s'inspirer de celles de la maîtrise des risques technologiques (quantification des risques, système de défense en profondeur,..)
  • Les risques liés à l'image, la réputation d'une société peuvent conduire, mal maîtrisés, à une catastrophe économique pour la société. La préparation du recouvrement en cas de défaillance ne consiste pas tant à prévoir des plans de secours que des plans de redéploiement stratégique au niveau de la société. Les risques liés à la qualité perçue par les clients nécessitent la mise sous contrôle permanent des risques liés à l'entreprise elle-même, mais également aux évolutions de leur perception avec les modifications de l'environnement réglementaire, naturel, social, politique et économique
  • Les concepts actuariels élémentaires (l'exposition moyenne et l'exposition au centile a) ont été utilisés avec succès dans la prévision des coûts d'exploitation de flotte aéronautique.

Enfin on notera que les secteurs d'application de la sûreté de fonctionnement s'élargissent. On a ainsi vu plusieurs communications sur le génie civil, à côté de l'aérospatiale, l'automobile, les constructeurs et équipementiers, l'énergie production et distribution, le nucléaire, les transports, les communications, la chimie, …

Remerciements

Jean Claude LIGERON et le bureau du comité de programme remercient chaleureusement tous les membres du comité de programme qui ont aidé à préparer ce congrès, notamment par un effort de relecture et d'évaluation important. La qualité de l'ensemble du programme est liée à cet effort et à l'action de tous. Ces remerciements vont également aux auteurs qui se sont pliés à une certaine discipline et ont accepté des contraintes. Ils s'adressent aussi à l'équipe de POLYNOME qui a assuré une logistique et un service sans faille.

Jean Claude LIGERON, Christian TRIOLAIRE et le bureau du comité de programme composé par MM. Jean François AUBRY, Marc BOUISSOU, Jean Luc CHABOT, Gérard COLLAS, Elie FADIER, Dominique PERSON SILHOL, Jean-Pierre PETIT, Anne Lucie THIZEAU et Frédérique VALLEE.